D’où vient le nom “Ville-Guay”?
Lorsqu’on regarde cette carte ancienne de la région d’avant la conquête (Gédéon de Catalogne-1709)[1] on remarque, sur la rive sud du St-Laurent face à la pointe ouest de l’Île d’Orléans, plusieurs terres appartenant à des familles portant le nom de « Gay », et non celui orthographié « Guay » que l’on connait aujourd’hui .
Carte_du_gouvernement_de_Québec_levée_en_l'année_1709_Lévis Détail Ville-Guay[1]
Le nom Gay [2]
En France, l’orthographe “Gay” est plus populaire que “Guay”. Nous avons ici un exemple de l’instabilité orthographique des noms à cette époque attribuable d’une part par à l’analphabétisme, mais surtout au fait “qu’avant la fixation des noms propres, leur graphie relevait, dans une certaine mesure, du goût du porteur du nom, du prêtre ou du notaire”[3] . En ce qui nous concerne ici, c’est l’orthographe Guay qui est restée en usage dans la région.
D’où vient le mot « Ville-Guay »?
On retrouvait plusieurs familles Guay, propriétaires terriens dans ce hameau, mais c’est principalement la mémoire d’un enfant de ce lieu, celle de celui qui est devenu Monseigneur Charles Guay [4] que le nom Ville-Guay honore.
Qui est Charles Guay à qui il est rendu hommage ainsi?
Né le 24 janvier 1845 à Saint Joseph de la Pointe de Lévy, il est fils du cultivateur Charles Guay, de Saint Joseph de la Pointe De Lévy, et de Françoise Michaud qu’il épousa en deuxième noce.
En 1870 après des études au Collège de Lévis, à Ste-Anne de la Pocatière, puis au séminaire de Québec, Charles Guay, alors jeune homme de 25 ans, est ordonné prêtre à la Basilique de Québec. C’est le début d’une vie riche et mouvementée.
En 1871, il devient vicaire à la cathédrale de Saint-Germain-de-Rimouski; en 1872, aumônier des bataillons au camp de Lévis; en 1875, premier curé de paroisse de Notre-Dame-du-Sacré-Cœur, paroisse voisine de Rimouski; en 1877, il est nommé Grand Vicaire Honoraire pour son diocèse.
Un an plus tard, il prend la mer pour se rendre en France, avec comme but d’y ramasser des fonds en faveur de son diocèse. Puis, son périple l’amène à Rome où il reçoit le titre honorifique de Protonotaire Apostolique ad instar Participantium[5] par Sa Sainteté Léon XIII. Il est le premier canadien à recevoir cette haute distinction.
De 1881 à 1882, le pape Léon XIII le délègue sur les côtes du Labrador pour y administrer le sacrement de confirmation et pour faire des visites dans les paroisses de la Côte Nord depuis la rivière Portneuf à Blanc-Sablon. Dans ces deux missions, il y confirmera plus de 1200 personnes.
À la fin de 1882, Monseigneur Guay se rend pour une seconde fois à Rome. Au terme de ce séjour, l’Église désire sa présence à New York; une proposition qu’il n’accepte pas. Il décide plutôt d’offrir ses services à Restigouche au Nouveau Brunswick et dans les missions avoisinantes. Pour le travail dans ces régions, il est important de parler français, anglais et micmac. Mgr Guay parle déjà le français et l’anglais. Il s’attèle aussitôt à la tâche d’apprendre la langue des micmacs. Ce qu’il réussira. Il restera six ans à Restigouche et y écrira un recueil de prières en langue micmac.
À l’automne 1890, à 45 ans, Monseigneur Guay se sent fatigué, il donne sa démission et se retire du ministère actif. Il retourne aux sources et s’installe à St-Joseph de Lévis sur une magnifique propriété achetée des Messieurs Gilmour.
1901 - Hôpital Guay de St-Joseph de Lévis
En 1901, Mgr Guay décide de donner tous ses biens à l’Institut des Sœurs de Notre-Dame du Bon-Conseil de Chicoutimi pour qu’elles fondent un hôpital-hospice dans sa paroisse natale pour donner refuge et venir en aide aux personnes défavorisées de sa paroisse[6].
Situé au 543 rue St-Joseph-Est, il est le premier “Hôpital Guay” de la paroisse. En 1902, malgré son retrait du ministère actif et la fondation de « son » hôpital, Mgr Guay repart. Il vivra deux ans sur l’Île d’Anticosti. Lors de son séjour là-bas, il écrira et publiera ses Lettres sur l’Île d’Anticosti.[6]
Monseigneur Guay [Photo - source inconnue]
Mgr Joseph-Clovis-Kemner Laflamme (1910) (source: musée de la civilisation)
Lettre manuscrite que Monseigneur Guay envoya, le 19 novembre 1902, à Monseigneur Laflamme du Séminaire de Québec l’informant de la publication de ses Lettres sur l’Île d’Anticosti.
Transcription de la lettre à Monseigneur Laflamme du 19 novembre 1902
1906 - Transfert
En 1906, de retour dans sa paroisse natale, Monseigneur Guay fait construire un nouvel édifice sur la terre paternelle (où se situe l’actuelle l’École Ste-Famille) pour y transférer son hôpital de la rue St-Joseph. Ce nouvel hôpital offre tous les conforts de l’époque.
L’édifice est béni en octobre 1909. En décembre 1910, Mgr Bégin, archevêque de Québec, érigera canoniquement en paroisse la terre sur laquelle l’hôpital est bâti, c’est maintenant « la paroisse Notre-Dame du Bon-Conseil de Ville-Guay », et Mgr Guay devient l’aumônier de son hôpital/ orphelinat.
1916 - L’Institut Monseigneur-Guay
En 1916, l’orphelinat est détruit par le feu. Un édifice plus grand et plus imposant, pour accueillir les personnes défavorisées – vieillards, infirmes, orphelins, et handicapés mentaux, est rapidement reconstruit. C’est à l’automne 1917 que “l’Institut Monseigneur-Guay” ouvrira ses portes.
Monseigneur Guay décède en 1922. Sur sa pierre tombale est gravé : « Il a passé en faisant le bien. »
Après 1922 - Mission de l’Institut Monseigneur Guay
En 1929, l’Institut Monseigneur-Guay réoriente un peu sa mission et devient un orphelinat pour les garçons de 6 à 12 ans étant sous la loi de l’assistance publique. En 1950, après la construction d’une annexe, l’Institut ouvre ses portes aux élèves affectés d’un handicap mental et « éducables ». Autour de l’édifice, on trouve tout ce qu’il faut pour que l’Institut soit autosuffisant: des terrains cultivés et exploités, des veaux, vaches, poules et cochons.
De 1975 à 1982, l’Institut se transforme en centre d’accueil venant en aide aux mésadaptés sociaux.
De nos jours, cet édifice loge une école privée.
SOURCES
[1] Carte ancienne 1709 : https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3121076
[2] https://www.filae.com/nom-de-famille/Gay.html
[4] La Seigneurie de Lauzon - Bulletin de la Société d’Histoire Régionale de Lévis- Hiver 1982, vol 8, p.3-7 –Recherche F.-X. Brulotte
[5] Du grec protos : premier et du latin notarius, secrétaire.
Dans l'Église de France, titre sans fonctions que l'on obtenait par un rescrit du pape. [http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/Protonotaire/fr-fr/]
[6] https://www.comettant.com/biblioth%C3%A8que/lettre-guay-%C3%A0-laflamme/