Il y a quelques siècle, quel était le territoire
où se trouve le club ?
Carte du Gouvernement du Québec / 1709
Avant l’arrivée des Européens
Avant l’arrivée des Européens, cette terre amérindienne était couverte de forêts de grands pins, de chênes et de “cèdres”[1].
La Rive Sud du St-Laurent était très peu occupée par ces peuples nomades, exception faite de la belle saison. Pendant l’été, des groupes de Micmacs et d’Etchemins dressaient leurs tentes sur les plages en face de Québec. Un de leurs endroits favoris était l’Anse aux sauvages.
« C’était une longue baie sablonneuse qui s’étendait depuis l’église St-Joseph de la Pointe-Lévy, jusqu’à la pointe ouest de l’Île d’Orléans… » « Le fleuve vient y mourir en une grève sablonneuse. Dix ruisseaux tombent des collines environnantes et y promènent leurs ondes toujours fraiches à travers de belles prairies naturelles. De grands ormes couvraient alors de leurs ombres cet endroit enchanteur. »[2]
Division des terres
Lorsque ce territoire devint une colonie française, la division des terres se fit suivant les règles du régime seigneurial français. Le territoire fut découpé perpendiculairement au fleuve en longues bandes étroites parallèles entre elles. Ces bandes de terre furent concédées (non pas données) par le Roi de France à des seigneurs ayant comme obligation leurs mises en valeur. On parlait ici de seigneuries.
Les seigneuries furent subdivisées en fonction de l’importance et de la qualité des terres : une zone commune sur le bord du rivage (ex : Chemin du Roy) et souvent de qualité inférieure; un peu plus loin du fleuve où se trouvaient les meilleures terres, la « réserve » du seigneur; plus loin encore, les terres habitées par les habitants.[2]
Les colons, ou habitants, devaient défricher, cultiver et exploiter les terres qui leurs étaient concédées, ainsi qu’ils devaient y construire des bâtiments, et lorsque la population était suffisante y construire un moulin à blé. En échange de l’occupation et de l’exploitation de ces concessions, les colons payaient des redevances et donnaient quelques jours de corvée par an au seigneur.
La seigneurie de La Martinière
Le Club de ski de fond de Ville-Guay se situe sur le territoire d’une ancienne seigneurie : la seigneurie de La Martinière ayant comme frontière Ouest l’actuelle Route Lallemand, et comme frontière Est la limite entre l’actuelle Ville de Lévis et la municipalité de Beaumont.
C’est le 5 août 1696 que cette terre fut concédée à Claude Bermen, Sieur de La Martinière[3] par le gouverneur de Frontenac, d’où son nom. Cette terre s’étendait sur 22 arpents de front et sur 6 lieues de profondeur (1.3 x 29.5 km). Le 18 juin 1749, le sieur de la Martinière agrandit son fief en y joignant les 10 arpents de la seigneurie de Monte-à-Peine.[4]
Claude Bremen de la Martinière était français et originaire de St-Nicolas de la Ferté-Vidame (Centre-Val de Loire). En plus d’être le seigneur de la Martinière, il fut administrateur de la seigneurie de Lauzon dont le territoire correspondait à peu près à celui de l’actuelle Ville de Lévis. En tant qu’administrateur de la seigneurie de Lauzon, il avait le mandat d’en concéder les terres. À une des terres qu’il concéda, il donna le nom de « St-Nicolas » en souvenir de son village natal en France.
Au cours de la période de la Nouvelle France[5], le secteur de La Martinière figura parmi les premiers à avoir été colonisés et cultivés sur la rive sud du fleuve St-Laurent. Ce fut sur ces terres que s’établirent les premières véritables installations pour l’exploitation agricole. Plusieurs familles, qui devinrent familles souches comme les Poiré, Carrier, Guay (Gay), et Brulotte (les Gézeron, dit Brulot), s’y installèrent.
Lors de la Conquête britannique (1759-1760)
Lors de la Conquête britannique (1759-1760), la plupart des fermes et des résidences furent détruites; la majorité de celles de la seigneurie de La Martinière n’échappèrent pas à ce terrible sort.
Certains historiens considèrent que la maison patrimoniale devant la sortie du Club sur la rue Turgeon, et qui offre toujours un excellent point de vue sur le fleuve, fut épargnée et utilisée comme lieu de guet.
Cette maison allait avoir plus d’une « vie ».
Du XIXe siècle au XXe siècle
Au XIXe siècle, alors que les apôtres de la tempérance firent leur apparition au Québec, cette maison fut convertie en hôtel de la tempérance. Comme aucune boisson alcoolisée n’y était servie, de nombreux voyageurs aimaient s’y arrêter pour dormir dans la tranquillité.
De 1905 à 1934 et de 1937 à 1969, elle logea le Bureau de poste de Ville-Guay [7].
C’est maintenant une maison privée.
Après ce récit, terminons par une histoire qui illustre l’importance stratégique qui fut accordée au territoire occupé par la seigneurie de la Martinière.
C’est sur ces hauteurs avec vue imprenable sur le fleuve et sur Québec, qu’au XXe siècle fut érigé le Fort de la Martinière (1907-1945). C’est en 1907 que commencèrent les travaux de construction de ce nouveau poste d’artillerie côtier. Durant la Première Guerre mondiale une batterie supérieure et une inférieure y furent installées. Toutes deux furent équipées d’artillerie. Par contre, durant les durs hivers qui suivirent, elles restèrent inoccupées.
En 1917, le fort de la Martinière fut évacué. De 1919 à 1920, la batterie inférieure fut démantelée puis complètement abandonnée. La batterie supérieure resta sur place, mais abandonnée.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, de 1939 à 1943, la batterie supérieure du fort fut de nouveau opérationnelle. En 1943, la garnison fut évacuée.
Plusieurs historiens prétendent que ce poste fut utilisé comme station de radiotéléphone jusqu’à la fin de la guerre, pour être ensuite abandonné et complètement enterré. [6]
Une partie du site original du fort est maintenant un terrain de camping.
Les plateformes sur lesquelles reposaient deux canons installés durant la Seconde Guerre mondiale existent toujours.
La motivation ? L’armée canadienne tenait à protéger le port de Québec à partir des hauteurs stratégiques de la rive sud du St-Laurent contre une attaque ennemie qui viendrait de l’est sur Québec, par la voie fluviale.
Merci à David Gagné, historien et conseiller en Patrimoine à la Ville de Lévis, de m’avoir fourni plusieurs informations sur l’histoire des environs du Club de ski lors d’échanges par courrier électronique en janvier 2020
[1] “cèdre” est le nom commun du Thuya occidental (Thuja occidentalis)
[2] Histoire de la Seigneurie de Lauzon- J.-Edmond Roy; Vol 1, p6
[2]https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9gime_seigneurial_de_la_Nouvelle-France
[3]http://www.shbellechasse.com/PDF/Seigneurie%20de%20l%27est%20a01.pdf
[4]https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/mesures-de-la-nouvelle-france
[5] La période de la Nouvelle-France s’étend de 1534-1763 (Traité de Paris)